Mines africaines : le financement de l’actionnariat local reste le grand défi du Mali à la RDC

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Le Mali, le Burkina Faso, la République démocratique du Congo et la Namibie cherchent à donner davantage de place aux investisseurs locaux dans leurs projets miniers. Les textes adoptés ces dernières années réservent une partie du capital des sociétés minières à l’État, aux nationaux, aux salariés ou aux communautés. Mais une difficulté persiste dans plusieurs de ces pays : trouver les moyens de financer l’achat de ces participations. Le cas de la future mine d’or de Kobada, au Mali, remet cette question au premier plan.

À Kobada, le gouvernement malien a fixé à 5 % la part destinée aux investisseurs nationaux, après avoir déjà réservé 30 % du capital à l’État dans le Code minier de 2023. Le décret adopté fin août précise les modalités de cette participation dans le projet développé par l’australien Toubani Resources, sans toutefois expliquer comment les investisseurs locaux financeront leur entrée au capital. Or, pour un projet minier dont la valeur peut atteindre plusieurs centaines de millions de dollars, réunir une telle somme représente un obstacle considérable pour la plupart des investisseurs maliens.

Le même problème apparaît au Burkina Faso, où le Code minier adopté en 2024 impose également une ouverture du capital aux investisseurs locaux. Une société publique, la SOPAMIB, sert d’intermédiaire pour cette participation, mais les textes restent peu précis sur la manière dont les bénéficiaires privés financeront leur part. Le dispositif burkinabè prévoit un paiement échelonné sans intérêt pour la participation payante de l’État, mais cette facilité ne concerne pas clairement les investisseurs privés. La question du financement reste donc ouverte.

En RDC, le débat prend une dimension supplémentaire avec la place accordée aux travailleurs des sociétés minières. Le Code minier réserve au moins 10 % du capital à des personnes physiques congolaises, dont 5 % pour les employés. Un projet de décret évoqué en juin prévoit de faire porter cette participation par une coopérative de salariés. La société minière lui céderait les actions à crédit et sans intérêt, tandis qu’une partie des dividendes servirait ensuite à rembourser le montant dû. Ce mécanisme permettrait aux employés d’accéder au capital sans disposer immédiatement des fonds nécessaires.

La Namibie reste déjà un exemple concret de cette formule.

La compagnie australienne Deep Yellow a finalisé fin août la cession de 5 % de son futur projet d’uranium Tumas à Oponona Investments. Pour financer cette participation, l’entreprise a accordé un prêt sans intérêt qui sera remboursé avec les dividendes futurs de l’actionnaire namibien. Bannerman Energy applique une logique similaire sur son projet d’uranium Etango. Le système facilite ainsi l’accès des acteurs locaux au capital, même si leurs premiers revenus servent d’abord à rembourser le coût des actions.

Ces expériences montrent que réserver des parts dans une mine ne suffit pas à créer un véritable actionnariat local. Le financement n’est qu’une première question. Il faut aussi déterminer qui bénéficie réellement des actions, contrôler les bénéficiaires finaux et organiser leur représentation dans les organes de décision. Une participation de 5 ou 10 % peut donner accès aux dividendes sans offrir une influence réelle sur les choix stratégiques de la société. Pour les États africains, le défi consiste donc désormais à transformer une participation inscrite dans la loi en un véritable pouvoir économique et en une part durable de la valeur créée par leurs ressources minières.

Loss-Adonis Ngoyi


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