La République démocratique du Congo, à travers le projet de lithium porté par le chinois Zijin Mining, entre dans une nouvelle phase avec les premières exportations de lithium de Manono. Selon les informations publiées le 21 septembre 2026, ce développement concerne le projet situé dans la province du Tanganyika, qui vise une capacité d’environ 130 000 tonnes d’équivalent carbonate de lithium (LCE) par an en pleine production, à l’horizon 2028.
Cette montée en puissance doit permettre au pays de renforcer sa présence sur le marché mondial du lithium, tout en posant la question de la valeur ajoutée que la RDC pourra retenir à travers la transformation du minerai, les recettes publiques, l’emploi et les infrastructures.
Manono change de dimension
Longtemps considéré comme l’un des grands gisements de lithium encore inexploités du pays, Manono entre désormais dans une phase opérationnelle avec le début des exportations. Le projet, porté par Zijin Mining, comprend aussi des installations destinées au traitement du minerai et à la production de concentré de lithium.
À pleine capacité, la production pourrait atteindre environ 130 000 tonnes de LCE par an à partir de 2028. Selon les projections disponibles, ce volume représenterait près de 5 % de l’offre mondiale de lithium.
L’investissement est évalué à environ 1,4 milliard de dollars.
Cette évolution marque une différence importante entre l’extraction du minerai, la production d’un concentré et les étapes de transformation nécessaires à la fabrication de produits destinés à l’industrie des batteries. Pour la RDC, l’enjeu porte donc également sur la capacité à développer davantage de valeur ajoutée autour de cette ressource.
Un marché du lithium toujours volatil
Le démarrage de Manono intervient dans un contexte marqué par l’évolution rapide du marché mondial du lithium. Après la forte correction enregistrée en 2023 et 2024, les prix se sont redressés en 2025 et au début de 2026. L’Agence internationale de l’énergie fait notamment état d’une progression de plus du double des prix, soutenue par la demande liée au stockage d’électricité et par des contraintes sur l’offre.
Le marché demeure toutefois soumis à d’importantes fluctuations. L’arrivée de nouvelles capacités de production peut exercer une pression sur les prix, tandis que la progression des véhicules électriques et du stockage d’électricité soutient les perspectives de demande à plus long terme. Pour Manono, les volumes de production attendus devront donc évoluer dans un environnement où les niveaux de prix peuvent varier fortement.
La question de la transformation constitue l’un des principaux enjeux liés au développement du lithium congolais. Selon l’AIE, les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques restent fortement concentrées. En 2025, le premier pays de raffinage représentait en moyenne environ 72 % de l’offre raffinée des principaux minerais étudiés, hors terres rares.
Pour la RDC, l’enjeu consiste ainsi à déterminer quelle part de la chaîne de valeur peut être développée localement ou dans l’environnement régional. L’extraction et la production de concentré constituent une première étape, tandis que le raffinage, la transformation chimique et la production de matériaux destinés aux batteries se situent à des niveaux supplémentaires de la chaîne de valeur.
Une redevance appelée à évoluer
Le dispositif fiscal applicable au lithium fait également partie des changements accompagnant cette nouvelle phase. Lors du Conseil des ministres du 29 mai 2026, le gouvernement a adopté un projet de décret visant notamment à intégrer le lithium parmi les substances minérales stratégiques. Cette classification doit porter le taux de redevance applicable de 3,5 % à 10 %, conformément au régime prévu pour les minerais stratégiques.
À titre illustratif, une production annuelle de 130 000 tonnes de LCE valorisée à 15 000 dollars la tonne représenterait une valeur brute théorique de 1,95 milliard de dollars. Une redevance de 10 % correspondrait à environ 195 millions de dollars, contre 68,25 millions avec un taux de 3,5 %. Ce calcul reste théorique et ne constitue pas une prévision de recettes publiques, celles-ci dépendant notamment du prix effectivement obtenu, de la qualité du produit, des conditions contractuelles, des coûts et déductions autorisés ainsi que du niveau réel de production.
Le contrôle fiscal, la traçabilité des volumes et la transparence des ventes constituent ainsi des éléments importants du dispositif.
Les projections disponibles évoquent environ 2 000 emplois directs et 6 000 emplois indirects liés au projet. Ces chiffres restent des projections. L’évolution du projet permettra notamment d’apprécier la place des travailleurs congolais dans les emplois qualifiés, notamment dans l’ingénierie, la maintenance, le traitement du minerai et le management.
La sous-traitance constitue également un autre aspect à suivre, notamment concernant la participation des entreprises locales aux activités générées autour du projet.
Dans le Tanganyika, l’impact du projet concerne aussi les infrastructures. Les besoins en transport, en énergie, en télécommunications et en logistique sont directement liés au fonctionnement d’une opération minière de cette ampleur. Leur utilisation au-delà des seules activités minières déterminera également leur portée pour l’économie locale.
Le véritable enjeu de Manono
Avec Manono, la RDC ajoute le lithium à sa position déjà importante dans le cuivre et le cobalt. Le pays dispose ainsi d’une nouvelle ressource stratégique liée aux technologies énergétiques, dans un marché mondial où les minerais critiques occupent une place croissante. Mais la production minière ne constitue qu’une première étape. La capacité à développer la transformation, les compétences techniques, les infrastructures, les entreprises locales et les recettes publiques déterminera la part de valeur que l’économie congolaise pourra effectivement retenir.
_Asia Kayombo_










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