Lithium à Manono : la gouvernance du projet soulève des questions avant même la production

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Le projet de lithium de Manono, dans la province du Tanganyika, n’a pas encore atteint sa pleine phase industrielle, mais sa gouvernance suscite déjà des interrogations. Un rapport de Resource Matters publié en décembre 2025 relève neuf « signaux d’alerte » concernant notamment les participations de l’État, la propriété effective de certaines sociétés, l’attribution des droits miniers et la publication des contrats. L’organisation précise que ces éléments ne constituent pas, à eux seuls, des preuves de corruption.

Ces interrogations prennent une dimension particulière à la lumière de l’expérience de Sicomines, le partenariat sino-congolais signé en 2008 autour du cuivre, du cobalt et d’un programme d’infrastructures. Le projet fait aujourd’hui l’objet d’un audit technique et financier couvrant la période 2008-2024. Le gouvernement congolais a confié cette mission à un consortium comprenant notamment Mayer Brown, Rothschild & Co, EY et SRK, avec un examen portant sur les volets juridique, financier et technique du partenariat.

Le rapprochement entre les deux dossiers ne signifie pas que Manono reproduira le parcours de Sicomines. Il met plutôt en évidence une différence de calendrier. Pour Sicomines, plusieurs interrogations sur les infrastructures, les financements et la répartition de la valeur se sont accumulées au fil des années. Pour le lithium de Manono, les organisations de la société civile demandent que les mécanismes de transparence soient établis avant l’entrée dans une phase de production à grande échelle.

Resource Matters relève notamment le différend entre AVZ Minerals et la Cominière, des interrogations sur le transfert de participations publiques et la difficulté à identifier les bénéficiaires effectifs de certaines entreprises.

Le dossier comprend également le cas de Zijin Mining et de Manono Lithium SAS, partenaire de la Cominière. Resource Matters, dans un travail consacré au projet, ont rapporté le versement de 70 millions de dollars à l’ONG Le Bouclier. Cette opération a suscité des interrogations sur sa justification et ses conditions, notamment au regard des relations attribuées à certains responsables de l’organisation. Ces éléments restent présentés comme des questions de gouvernance et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir une irrégularité. La Cominière a par ailleurs répondu au rapport de Resource Matters en janvier 2026.
Au-delà des contrats, la situation socio-économique de Manono constitue un autre volet du dossier.

Une étude publiée en juillet 2025 par Afrewatch et l’OMGC, menée auprès de 160 personnes dans la cité de Manono et les chefferies de Bakongolo et Kiluba, décrit une région marquée par l’isolement, la pauvreté et des difficultés d’accès aux services essentiels. L’étude cite notamment un taux de pauvreté provincial de 88 %, issu de données du gouvernement provincial du Tanganyika datant de 2017. Elle présente toutefois l’exploitation du lithium comme une possibilité de création d’emplois et de développement des infrastructures, à condition que les besoins des communautés soient intégrés aux négociations avec les entreprises.

Afrewatch et l’Association pour le développement des communautés du lac Kando avaient documenté en 2017 un déversement de substance acide provenant de Mutanda Mining, dans le Lualaba, qui avait affecté des champs et la rivière Luakusha avant d’atteindre le lac Kando. Cet épisode ne concerne pas le projet de lithium de Manono, mais il illustre les préoccupations plus larges des organisations de la société civile sur les effets des activités minières sur les eaux, l’agriculture et les moyens de subsistance.

Pour Manono, la question centrale reste donc celle de la répartition de la valeur créée par le lithium. Les interrogations portent sur les participations de l’État, les contrats de coentreprise, les bénéficiaires effectifs, les revenus futurs, mais aussi sur les engagements sociaux et environnementaux envers les communautés. Le rapport socio-économique d’Afrewatch et de l’OMGC a précisément été conçu pour documenter les priorités locales avant le démarrage de l’exploitation et alimenter les futurs cahiers des charges de responsabilité sociétale.

Le cas de Manono reste ainsi ouvert. Le gisement constitue une ressource stratégique pour la RDC, mais son passage à une exploitation industrielle dépend encore de plusieurs étapes et reste entouré de différends et de questions de gouvernance. Les neuf signaux relevés par Resource Matters, les interrogations autour de certaines transactions et les attentes exprimées par les communautés ne suffisent pas à établir que le projet connaîtra les mêmes difficultés que Sicomines. Ils donnent cependant une indication sur les points que les autorités, les entreprises et la société civile auront à documenter au fur et à mesure de l’avancement du projet.

Loss-Adonis Ngoyi


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