Haut-Katanga: de l’UMHK à la Gécamines, 66 ans de construction de l’empire minier katangais

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Le 28 octobre 1906, au palais de Laeken à Bruxelles, le roi Léopold II signe le décret royal qui donne naissance à l’Union minière du Haut-Katanga, l’UMHK. Son capital initial est fixé à dix millions de francs et sa concession couvre notamment 20 000 kilomètres carrés de gisements de cuivre au Katanga. Trois jours plus tard, la Compagnie du chemin de fer du Bas-Congo au Katanga est créée, suivie quelques jours après par la Forminière. Le dispositif industriel se met ainsi en place autour de trois fonctions : exploiter les ressources, construire les infrastructures et organiser leur évacuation.

En 1911, à Ruashi, l’UMHK coule son premier lingot de cuivre. La production passe de 997 tonnes cette année-là à environ 22 000 tonnes en 1919.

Pour faire fonctionner cette industrie, l’UMHK recrute massivement. En 1919, environ 8 500 travailleurs africains sont employés par la compagnie. Dix ans plus tard, ils sont 17 200, venus notamment de Rhodésie, du Lomami, du Kasaï, du Maniema et du Ruanda-Urundi. Les premiers recrutements reposent aussi sur des formes de contrainte et de travail forcé. Les conditions de vie sont difficiles et la mortalité élevée. À partir des années 1920, la compagnie modifie progressivement son organisation et cherche davantage à stabiliser sa main-d’œuvre. Elle développe alors des cités ouvrières, des logements, des hôpitaux, des écoles, des réseaux d’eau et d’assainissement. Ce modèle, qualifié de paternalisme industriel, permet à l’UMHK d’encadrer une grande partie de la vie de ses travailleurs, tout en renforçant son contrôle sur les cités minières.

La production minière change également d’échelle. Les 22 000 tonnes de cuivre produites en 1919 deviennent 50 000 tonnes en 1923, puis 139 000 tonnes en 1930. La crise économique mondiale fait chuter la production à 54 000 tonnes en 1932, avant une remontée à 110 000 tonnes en 1934. L’UMHK diversifie parallèlement ses activités et extrait du cobalt, du zinc, du radium, du cadmium, du germanium, du manganèse, de l’argent, de l’or et de l’uranium. Le gisement de Shinkolobwe, exploité à partir de 1921, va bientôt donner une dimension internationale à l’industrie minière du Katanga. Pendant la Seconde Guerre mondiale, son uranium alimente une partie importante du programme nucléaire américain. Le responsable de l’UMHK, Edgar Sengier, organise notamment le transfert de stocks d’uranium vers les États-Unis. En 1942, il conclut un accord avec les responsables du projet Manhattan et facilite l’accès américain aux réserves de Shinkolobwe.

Cette puissance industrielle ne fait cependant pas disparaître les tensions sociales. En décembre 1941, les travailleurs de l’UMHK se mettent en grève à Élisabethville pour réclamer notamment de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. La Force publique intervient au stade Albert et plusieurs dizaines de personnes sont tuées. Après la guerre, la compagnie retrouve une forte croissance. En 1960, elle produit environ 280 000 tonnes de cuivre par an et atteint près de 300 000 tonnes à son record. Elle représente alors une part importante de la production mondiale de cuivre et de cobalt et dispose de mines, d’usines, de centrales hydroélectriques, de chemins de fer et de nombreuses filiales. L’UMHK est également devenue une importante source de recettes pour l’administration coloniale belge.

L’indépendance du Congo, le 30 juin 1960, change toutefois progressivement le rapport de force. Quelques jours plus tard, le 11 juillet, Moïse Tshombe proclame la sécession du Katanga. L’UMHK se retrouve au centre de cette crise en raison de son poids économique dans la province. Selon la commission d’enquête parlementaire belge consacrée à l’assassinat de Patrice Lumumba, la compagnie transfère 1,25 milliard de francs belges au pouvoir katangais, présenté comme une avance sur les impôts de 1960. L’UMHK reconnaît avoir versé d’importantes redevances au pouvoir sécessionniste, tout en affirmant avoir agi sous la contrainte des circonstances. Après la fin de la sécession en 1963, l’entreprise reste présente au Katanga, mais le nouvel État congolais cherche progressivement à reprendre le contrôle de ses ressources minières.

Après l’arrivée de Mobutu au pouvoir en 1965, cette reprise en main s’accélère. La loi Bakajika affirme la pleine disposition par l’État congolais des droits fonciers, forestiers et miniers concédés avant l’indépendance. Le 31 décembre 1966, les avoirs de l’UMHK au Congo sont transférés à une nouvelle société publique, la Générale congolaise des minerais, la Gecomine, dont l’État détient 60 %. Un accord signé en février 1967 associe toutefois la nouvelle entreprise à la Société générale des minerais, chargée notamment de maintenir le potentiel technique et de commercialiser la production. La nationalisation change donc la propriété des actifs, mais une partie des réseaux techniques et commerciaux hérités de l’ancienne compagnie reste présente.

En 1971, le Congo devient le Zaïre et la Gecomin devient Gécomines.

Autour de 1972, l’entreprise prend le nom de Gécamines, pour Générale des carrières et des mines. Elle hérite d’un patrimoine industriel considérable construit depuis 1906 : mines, usines, centrales électriques, chemins de fer et cités minières. Mais elle hérite également d’une économie fortement dépendante du cuivre et du cobalt. La trajectoire de la Gécamines ne commence donc pas avec sa création officielle. Elle constitue l’aboutissement d’une transformation engagée six décennies plus tôt, lorsque l’UMHK a commencé à structurer l’industrie minière du Katanga.

Entre 1906 et 1972, le cuivre katangais change de propriétaire sans perdre son rôle central dans l’économie du territoire. L’UMHK construit un puissant appareil industriel sous la période coloniale, avant que l’État congolais n’en récupère les actifs et ne les transfère à la Gécamines. Cette histoire mêle développement industriel, exploitation minière, travail ouvrier, uranium stratégique, tensions sociales, sécession katangaise et nationalisation. Elle permet de comprendre pourquoi la Gécamines occupera ensuite une place particulière dans l’économie du Zaïre. L’entreprise publique ne part pas de zéro : elle est l’héritière directe d’un système industriel construit autour du cuivre katangais pendant plus de soixante ans.

Loss-Adonis Ngoyi


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