ExpoBéton2026 : Jean Bamanisa Saïdi appelle à mieux planifier les villes congolaises

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Le Président du comité d’organisation d’ExpoBéton RDC, Jean Bamanisa Saïdi, a appelé mercredi 7 octobre 2026 les autorités congolaises à renforcer la planification urbaine, le contrôle technique et la qualité des infrastructures. Lors de l’ouverture de la 12ᵉ édition de ce rendez-vous consacré au bâtiment et aux travaux publics, il a notamment dénoncé l’urbanisation désordonnée de la ville- province de Kinshasa tout en plaidant pour une meilleure coordination entre l’État et le secteur privé.

Le diagnostic présenté devant le Président de la République Démocratique du Congo Felix Tshisekedi Tshilombo et plusieurs membres des institutions est sévère. Dans plusieurs quartiers de la capitale, des immeubles sont construits sans voiries adaptées, sans réseaux d’assainissement et parfois sans accès stable à l’eau et à l’électricité.
« Un immeuble de dix étages sur une rue non revêtue, sans collecteur, sans eau, sans courant stable, ce n’est pas du développement urbain », a-t-il lancé.

A Kinshasa, l’eau révèle les failles de l’urbanisation

Pour illustrer les conséquences de cette organisation urbaine, le responsable d’ExpoBéton s’est appuyé sur une comparaison entre plusieurs quartiers de Kinshasa. À Ngaba, selon les données citées dans son intervention, les toitures représentent 66 % des surfaces étudiées, contre seulement 2 % pour les rues revêtues. À La Gombe, les toitures couvrent 22 % des surfaces, tandis que les rues revêtues en occupent 23 %.

Cette différence, a-t-il expliqué, modifie profondément la circulation des eaux de pluie. Dans les quartiers où les surfaces bâties et les toitures dominent, l’eau ruisselle rapidement et cherche des voies d’évacuation, aggravant les phénomènes d’érosion et d’inondation.

Le président du comité d’organisation a notamment évoqué les secteurs situés en amont des chutes de Kinsuka. L’eau, le sable et les déchets y descendent vers les quartiers situés en contrebas, tandis que certaines constructions réduisent les espaces réservés à la rétention des eaux. Il appelle ainsi à mieux protéger les bassins de rétention et les couloirs d’écoulement.

Kinshasa prépare par ailleurs un nouveau schéma directeur d’assainissement. Pour ExpoBéton, ce document devra être accompagné de règles permettant d’empêcher les constructions dans les zones réservées à l’évacuation et à la rétention des eaux.

Des routes conçues pour durer plutôt que pour être réparées

L’autre critique porte sur l’état des infrastructures routières.

Jean Bamanisa a rappelé au Président de la République le surnom de  » béton » que la population lui a donné. D’après lui, c’est tout simplement une attente, et elle est juste. Elle dit une chose simple : construire durablement en recourant à l’utilisation du béton comme solution adaptée à certaines conditions climatiques et techniques de la RDC. Mais, Jean Bamanisa, la qualité d’une route ne dépend pas seulement du matériau utilisé. Une chaussée qui se dégrade prématurément peut révéler des problèmes d’épaisseur, de drainage, de matériaux ou de contrôle.

Il propose que chaque kilomètre de route livré soit accompagné d’un dossier technique documentant notamment les épaisseurs réellement coulées, les matériaux utilisés, les essais de laboratoire, le plan d’entretien et les coûts des matériaux.

L’objectif est aussi de permettre un meilleur contrôle des ouvrages après leur réception.

Le secteur privé demande, de son côté, des règles plus claires, un contrôle effectif et une attribution des marchés fondée sur les compétences. Il plaide également pour un allègement de la fiscalité applicable au bâtiment et aux travaux publics, présenté comme un investissement susceptible, selon lui, d’accroître à terme les recettes publiques.

Quatre propositions de loi déposées au Sénat

Le comité d’organisation d’ExpoBéton a également annoncé avoir transmis au Sénat quatre propositions de loi. Elles concernent les principes fondamentaux des travaux publics et des infrastructures, l’urbanisme et la construction, la création d’un Ordre national des urbanistes ainsi que la promotion et l’utilisation de l’expertise et des compétences nationales.

Ces textes n’étaient pas au centre de l’intervention, mais leur mention vise à prolonger les recommandations formulées au fil des différentes éditions d’ExpoBéton.

L’organisation affirme également avoir travaillé avec les autorités sur des référentiels de métiers dans le bâtiment, les travaux publics et les mines. Le document a été transmis au ministère chargé de la Formation professionnelle. Il reste désormais sa mise en œuvre, notamment la validation des acquis de l’expérience.

Pour le président du comité, ExpoBéton ne doit être ni une tribune de complaisance ni un espace de contestation. Il veut en faire un lieu où les professionnels présentent les problèmes du secteur et proposent des réponses techniques.

L’État, le privé et les professionnels appelés à travailler ensemble

Enfin, Bamanisa insiste sur la nécessité d’un nouveau partage des responsabilités. L’État, estime-t-il, n’a pas vocation à construire tous les immeubles. Il lui revient notamment de planifier, réglementer, contrôler et rendre disponibles les infrastructures de base.

Le secteur privé, lui, investit déjà dans la construction, souvent sans crédit à long terme, sans subventions et sans garanties publiques. Mais cette dynamique s’accompagne d’une urbanisation qui échappe parfois aux règles.

ExpoBéton propose donc un cadre de suivi entre le gouvernement et les professionnels du secteur. Des recommandations doivent être remises samedi à la Première ministre, avec leurs destinataires et leurs échéances. Elles devraient également servir de base à un « pacte national » pour les infrastructures et la transformation des villes, associant l’État, les provinces, les municipalités, le secteur privé, les banques et les partenaires techniques.

Loss-Adonis Ngoyi


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