Expo Béton 2026 : La numérisation du cadastre et la sécurisation foncière au cœur des enjeux d’urbanisation de l’Est de Kinshasa

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La modernisation de l’administration foncière, la protection des droits des communautés locales et la prévention des conflits liés à la propriété des terres ont été au centre des échanges de la deuxième journée de la 12ᵉ édition d’Expo Béton RDC, organisée le jeudi 8 octobre 2026 à Kinshasa. Les discussions ont particulièrement porté sur l’avenir des communes de la N’Sele, de Maluku et de Mont-Ngafula, confrontées aux défis de l’expansion urbaine.

La sécurisation foncière apparaît comme un enjeu majeur pour accompagner le développement urbain de Kinshasa. À l’occasion d’un panel consacré à l’aménagement du territoire et à la numérisation du cadastre, les participants à Expo Béton 2026 ont insisté sur la nécessité de moderniser la gestion des terres afin de garantir les investissements immobiliers et de limiter les litiges fonciers.

Placée sous le thème « Aménagement du territoire, sécurisation foncière et numérisation du cadastre pour garantir les investissements immobiliers à Kinshasa : quel avenir pour les communes de la N’Sele, de Maluku et de Mont-Ngafula ? », cette rencontre a permis aux intervenants d’examiner les réformes engagées dans le secteur foncier ainsi que les difficultés qui persistent sur le terrain.

La numérisation du cadastre, un levier de modernisation
Prenant part aux échanges, la ministre des Affaires foncières, O’Neige N’Sele, a présenté les principales innovations introduites par la loi promulguée le 30 décembre 2025. Cette réforme prévoit notamment la numérisation du cadastre, la modernisation de l’administration foncière et le renforcement des capacités des agents.
Pour la ministre, l’inscription de la numérisation dans le dispositif légal constitue une avancée importante pour assurer la continuité des réformes et améliorer durablement la gestion des terres en République démocratique du Congo.

« La numérisation a été consacrée dans cette loi afin de lui donner un caractère pérenne. Il ne s’agit pas de l’œuvre d’une seule personne. La loi continuera donc à produire ses effets, même lorsque les institutions ou les personnes qui les animent auront quitté leurs fonctions », a-t-elle expliqué.
Cette transformation vise notamment à faciliter l’accès aux informations foncières, à améliorer l’organisation des espaces et à renforcer la fiabilité des documents relatifs à la propriété immobilière.

Dans cette perspective, la formation du personnel constitue un autre volet essentiel de la réforme. O’Neige N’Sele a indiqué que plus de 350 cadres et agents avaient été formés entre août et octobre 2026 aux nouvelles technologies d’archivage physique et numérique, grâce à un partenariat avec l’Institut national des archives du Congo (INACO).

La ministre a également précisé que la numérisation ne se limite pas à la conversion des documents papier en fichiers numériques. Elle implique aussi la production de plans géolocalisés et l’acquisition de compétences techniques permettant d’améliorer le fonctionnement quotidien de l’administration foncière.

Les chefs coutumiers réclament leur implication

Au-delà des innovations technologiques, la question de la reconnaissance des droits des communautés locales a occupé une place importante dans les discussions.
Représentant le Conseil supérieur de l’autorité traditionnelle et coutumière de la RDC, Mfumu Difima Bols a plaidé pour une participation effective des chefs coutumiers aux procédures d’attribution et de cession des terres, particulièrement dans les zones soumises à une forte pression immobilière.
Il a estimé que les services fonciers doivent préalablement vérifier la situation des terrains concernés et consulter les autorités coutumières compétentes avant toute opération.

« L’État a le devoir de garantir et de sécuriser l’occupation des villages et les droits des chefs coutumiers », a-t-il déclaré.
Le représentant des autorités traditionnelles a également insisté sur la nécessité d’associer les communautés concernées aux procédures d’expropriation pour cause d’utilité publique. Selon lui, les opérations impliquant le déplacement des populations doivent s’accompagner de consultations préalables et de solutions de relogement adaptées.

Évoquant notamment le processus de Kiamona et la délimitation d’un espace de 43 000 hectares, il a souligné l’importance d’impliquer les autorités coutumières dans les initiatives destinées à reloger les populations concernées.
Pour Mfumu Difima Bols, l’expansion urbaine ne saurait justifier la marginalisation des communautés locales ni la remise en cause de leurs droits fonciers.

Les conflits fonciers, un obstacle aux investissements
La persistance des conflits fonciers et immobiliers constitue également un défi majeur pour le développement des villes congolaises.

Intervenant au cours du panel, Me Défi Augustin Fataki, avocat à la Cour de cassation, a identifié plusieurs facteurs à l’origine de ces litiges, notamment les spoliations, la méconnaissance de la législation foncière, la mauvaise application des textes et les conflits de compétences entre les autorités foncières et coutumières.

Se référant à un communiqué publié le 25 août 2026 par la cellule de communication du ministère de la Justice, il a fait état de 62 dossiers de spoliation foncière et immobilière faisant l’objet d’enquêtes à Kinshasa.

L’avocat a également rappelé l’importance des litiges fonciers dans le contentieux civil. Selon les données qu’il a présentées pour la période allant du 1er janvier 2014 au 4 décembre 2015, près de 40 % des affaires civiles enregistrées aux greffes du Tribunal de grande instance de Goma et de celui de Kinshasa-Gombe concernaient les questions foncières et immobilières.
Ces chiffres illustrent, selon les préoccupations soulevées lors du panel, la nécessité de renforcer les mécanismes de prévention des conflits et d’améliorer l’application de la législation en vigueur.

Pour Me Défi Augustin Fataki, le développement harmonieux de la N’Sele, de Maluku et de Mont-Ngafula dépendra notamment de la capacité des autorités à lutter contre les spoliations, à clarifier les responsabilités des différents intervenants et à mettre en place des mécanismes efficaces de règlement des différends.

Un développement urbain à mieux encadrer

Au terme des discussions, plusieurs priorités se sont dégagées pour accompagner l’expansion de Kinshasa : la modernisation de l’administration foncière, la numérisation du cadastre, la protection des droits de propriété, la participation des autorités coutumières et le renforcement de la prévention des conflits.

Ces enjeux revêtent une importance particulière pour la N’Sele, Maluku et Mont- Ngafula, dont le développement nécessite une meilleure organisation de l’espace et une gestion plus transparente des terres.

L’enjeu est désormais de faire de la sécurisation foncière un véritable instrument de planification urbaine, de protection des communautés locales et de confiance pour les investisseurs immobiliers. La réussite de cette ambition reposera sur la mise en œuvre effective des réformes, la collaboration entre les institutions concernées et le respect des droits des populations.

À travers les échanges de cette deuxième journée, Expo Béton 2026 a ainsi remis au centre du débat la nécessité de concilier croissance urbaine, sécurité juridique et justice foncière pour construire une capitale mieux organisée et durable.

Queen Mother


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