RDC : Le dossier autour des 15 millions USD investis aux bateaux de pêche relance le débat sur la performance de l’investissement public

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‎Le dossier des bateaux de pêche acquis par l’État congolais, dont les difficultés d’adaptation ont été évoquées le 17 septembre 2026, relance le débat sur l’efficacité de l’investissement public en République démocratique du Congo (RDC). À travers ces équipements destinés à renforcer la production halieutique et à réduire la dépendance aux importations de poisson, l’État cherche à mieux valoriser ses ressources maritimes, créer des emplois et générer des revenus.
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‎Mais comment expliquer que certains navires, pourtant commandés et livrés, connaissent encore des contraintes techniques et logistiques avant leur mise en exploitation ? Et pourquoi certaines caractéristiques des équipements ne correspondaient-elles pas suffisamment aux réalités des eaux congolaises ? Au-delà du débat sur l’utilisation des 15 millions de dollars américains cités dans ce dossier, c’est donc toute la chaîne de conception, d’acquisition, de contrôle et d’exploitation de l’investissement public qui mérite d’être examinée.
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‎Le véritable sujet n’est pas seulement de déterminer si les navires sont utilisables ou non. Il consiste surtout à vérifier leur adéquation avec le modèle économique pour lequel ils ont été acquis. Le ministère de la Pêche reconnaît que certaines caractéristiques des équipements commandés nécessitaient des adaptations, ce qui pose la question de la préparation technique du projet avant la commande.
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‎Un bateau de pêche ne constitue pas un simple équipement. Son efficacité dépend du type de pêche, de la profondeur et des courants, des équipements embarqués, de la capacité de stockage, de la chaîne du froid, de la maintenance, de la disponibilité des pièces, de la formation des équipages, des infrastructures portuaires et des débouchés commerciaux.
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‎15 millions de dollars : quels résultats attendus ?
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‎Le montant de 15 millions de dollars cité dans les comptes rendus consacrés à ce dossier mérite d’être rapproché aux résultats attendus. Combien de poissons supplémentaires l’investissement devait-il permettre de produire ? Combien d’emplois devait-il créer ? Quel chiffre d’affaires était prévu ? Quel calendrier de mise en exploitation avait été retenu ? Quels coûts d’entretien étaient anticipés ?
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‎Ces questions permettent d’apprécier l’investissement au-delà de son coût initial. Dans le secteur privé comme dans la gestion publique, un équipement important doit pouvoir être suivi à travers son niveau d’utilisation, ses coûts d’exploitation, ses revenus et les résultats économiques qu’il permet de générer.
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‎Le prix d’acquisition ne constitue pas à lui seul le coût économique d’un équipement. Lorsqu’un bateau reste immobilisé ou sous-utilisé, il ne produit pas les recettes attendues. À cela peuvent s’ajouter les dépenses de gardiennage, de maintenance, d’adaptation, de transport, d’assurance ou de personnel. Le retard de mise en exploitation peut également avoir un coût d’opportunité. La production de poisson attendue à travers cette flotte n’est pas réalisée pendant cette période, alors même que les besoins du marché demeurent.
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‎Le Gouvernement travaille à la mise en service des bateaux et envisage une approche visant à mieux adapter les différents types de navires aux besoins du pays. Cette démarche peut permettre de valoriser les équipements déjà acquis. Mais toute dépense supplémentaire devrait être précédée d’une clarification sur l’origine des adaptations nécessaires.
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‎Si celles-ci relèvent des obligations du fournisseur, les clauses contractuelles doivent être examinées. Si elles résultent du cahier des charges, il convient d’en établir les raisons. Et si elles sont liées à l’évaluation technique initiale, il importe d’identifier le niveau auquel cette évaluation n’a pas permis d’anticiper les difficultés.
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‎Établir les responsabilités ne signifie pas nécessairement désigner immédiatement un coupable. Il s’agit d’abord de reconstituer le processus : qui a défini le besoin, qui a élaboré le cahier des charges, quelles études ont été réalisées, quels experts ont été consultés, qui a validé les spécifications techniques et comment les offres ont-elles été évaluées ?
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‎Il faut également examiner les conditions de fabrication, de contrôle et de réception des navires, ainsi que les garanties contractuelles encore mobilisables. Cette démarche permettrait surtout d’identifier les éventuelles failles du processus et d’éviter leur répétition dans d’autres investissements publics.
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‎Le dossier des bateaux de pêche renvoie à une problématique plus large : celle de l’évaluation de l’investissement public en RDC. Un projet ne devrait pas être apprécié uniquement à travers le montant engagé, la signature d’un contrat ou la livraison d’un équipement. Son évaluation devrait couvrir tout son cycle de vie : besoin, conception, acquisition, livraison, exploitation, maintenance et rendement économique.
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‎La question centrale devrait ainsi être moins « combien avons-nous dépensé ? » que « quels résultats avons-nous obtenus pour chaque dollar engagé ? ». Cette logique est d’autant plus importante que les ressources publiques restent limitées face à l’ampleur des besoins économiques et sociaux.
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‎Faire de ce dossier une leçon de gouvernance
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‎Le dossier peut ainsi servir à améliorer la gestion des investissements publics. Cela suppose notamment de publier les principaux éléments contractuels et financiers du projet, dans le respect des informations légalement protégées, de réaliser une expertise technique indépendante sur l’état et l’adéquation des navires et de reconstituer la chronologie complète de la décision, depuis l’expression du besoin jusqu’à la réception.
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‎Il importe également d’évaluer le coût total du projet et non le seul prix d’achat. Ces éléments permettraient d’apprécier objectivement les responsabilités et surtout de tirer des enseignements pour les futurs marchés publics.

Asia Kayombo


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